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Comment la culture durable d’algues à Zanzibar autonomise les femmes ?

Sur la côte est de Zanzibar, des milliers de femmes travaillent dans les lagons au rythme des marées. Elles attachent de jeunes pousses d’algues sur des cordes tendues entre des piquets, puis les récoltent après six à huit semaines de croissance. Cette aquaculture fournit des revenus à des ménages dont les ressources restent souvent saisonnières et dépendantes de la pêche ou du tourisme. La culture durable d’algues à Zanzibar peut ainsi soutenir l’emploi féminin sans prélèvement direct sur les stocks de poissons. Son équilibre dépend toutefois du choix des sites, de la chaleur de l’eau et de la part de valeur conservée sur l’île.

Points clés

  • Près de 90 % des cultivateurs d’algues de Zanzibar sont des femmes, selon les estimations couramment reprises par les programmes de développement de la filière.
  • Une culture arrive généralement à maturité en 45 à 60 jours, selon l’espèce, la saison et les conditions du lagon.
  • Les algues cultivées ne demandent ni engrais, ni eau douce, ni alimentation animale. Leur production repose sur les nutriments naturellement présents dans l’eau.
  • La vente d’algues séchées rapporte peu lorsque la matière brute est exportée. La transformation locale en savons, poudres ou soins améliore sensiblement la rémunération.

Pourquoi l’algoculture est devenue un travail féminin majeur à Zanzibar

L’algoculture s’est développée dans l’archipel à la fin des années 1980, avec l’implantation d’espèces commerciales destinées à l’industrie des carraghénanes. Ces gélifiants extraits d’algues rouges entrent dans la composition de produits alimentaires, pharmaceutiques et cosmétiques. Les variétés les plus présentes sont Eucheuma denticulatum, souvent appelée spinosum, et Kappaphycus alvarezii, connue sous le nom de cottonii.

Le travail s’accorde avec l’organisation quotidienne de nombreux villages côtiers. Les parcelles sont accessibles à pied à marée basse et la récolte peut se répartir autour des tâches familiales. Cette souplesse a facilité l’entrée des femmes zanzibarites dans une activité génératrice de revenus, dans un contexte où l’accès à la terre, au crédit et à l’emploi formel reste inégal.

Le geste est précis. Les boutures sont fixées à intervalles réguliers pour éviter qu’elles s’emmêlent et pour laisser circuler l’eau. Après la récolte, les algues sont rincées, étalées sur des claies et séchées plusieurs jours. Ce savoir-faire transmis de génération en génération structure aujourd’hui l’économie de nombreux hameaux de la côte swahilie.

L’autonomie économique des femmes zanzibarites passe par des revenus directs

L’autonomie économique des femmes zanzibarites commence par la maîtrise d’une petite recette régulière. Les revenus issus des algues servent souvent aux dépenses courantes, aux fournitures scolaires, aux soins de santé et à l’épargne. Ils donnent aussi aux productrices une place plus visible dans les décisions du foyer et des coopératives.

Cette indépendance reste relative lorsque les acheteurs imposent les prix de la matière séchée. Les revenus varient avec la qualité, l’humidité résiduelle et les cours internationaux des carraghénanes. Les femmes qui vendent collectivement ou qui accèdent à des débouchés diversifiés disposent d’un pouvoir de négociation plus solide.

Les revenus indépendants prennent une autre dimension lorsque les productrices peuvent ouvrir un compte, financer du matériel ou lancer une petite activité complémentaire. Des entreprises locales, comme Mwani Zanzibar, ont montré qu’un approvisionnement de proximité pouvait soutenir des ateliers de fabrication. Le partage de la marge demeure pourtant l’enjeu décisif de la filière.

La transformation locale des algues retient davantage de valeur sur l’île

Le séchage prépare l’exportation, mais il ne capte qu’une faible part du prix final. Les algues peuvent aussi être moulues, macérées ou intégrées à des formulations de savons, de baumes, de masques et de boissons. Cette transformation locale à forte valeur ajoutée crée des emplois dans le tri, le conditionnement, le contrôle qualité et la vente.

La différence se mesure dans la chaîne de valeur. Une productrice rémunérée au poids sec dépend d’un seul acheteur et de volumes importants. Un groupement qui vend un produit fini peut répartir les gains entre la collecte, la fabrication et la commercialisation. Cette activité exige néanmoins des formations en hygiène, en conservation et en étiquetage.

La diversification réduit aussi l’exposition aux fluctuations du marché mondial. Une partie des algues peut alimenter l’artisanat local ou l’hôtellerie de l’archipel, tandis que le reste garde un débouché industriel. Chaque étape réalisée sur place renforce la filière algues et économie bleue en élargissant les métiers accessibles aux habitantes.

La culture d’algues et la protection marine exigent un choix rigoureux des sites

L’algoculture possède des atouts écologiques réels. Les algues absorbent des nutriments dissous et du dioxyde de carbone au cours de leur croissance. Elles ne requièrent ni alimentation animale ni intrants chimiques, ce qui limite les pressions habituelles de nombreuses formes d’aquaculture.

L’économie bleue ne se résume pourtant pas à produire en mer. Les fermes doivent être éloignées des herbiers les plus sensibles, des zones de reproduction et des passages de pêche. Des cordes trop denses peuvent gêner les déplacements dans le lagon, modifier localement la lumière et accrocher des débris lors des fortes houles.

L’impact écologique des fermes d’algues dépend donc de leur surface, de leur entretien et de leur localisation. Dans les zones peu profondes, un suivi participatif de la couverture végétale et de la faune benthique aide à déplacer les lignes quand la pression devient trop forte. La présence de corail vivant impose une distance de sécurité et l’interdiction d’ancrer les piquets sur les formations calcaires.

La gestion des lagons rappelle que les solutions de transition écologique selon leur impact gagnent à être évaluées dans leur contexte, avec des effets mesurés plutôt que supposés.

Le réchauffement des eaux fragilise les fermes d’algues et les récifs coralliens

Les températures élevées favorisent les maladies et la dégradation des thalles. Le cottonii est particulièrement vulnérable au phénomène appelé « ice-ice », qui blanchit les tissus et freine la croissance. Lorsque l’eau se réchauffe durablement, certaines exploitantes déplacent leurs lignes vers des zones plus profondes, ce qui augmente le temps de travail et les risques liés à la mer.

Ces contraintes réduisent les rendements et pèsent sur des revenus déjà modestes. Elles touchent aussi les récifs coralliens, dont le blanchissement affaiblit les habitats de nombreuses espèces. Une meilleure protection des écosystèmes marins associe donc cartographie des usages, repos saisonnier de certaines parcelles et surveillance de la qualité de l’eau.

Le modèle reste exposé aux tempêtes, à l’érosion côtière et aux marchés concentrés. La résilience face au changement climatique passe par des souches plus tolérantes, sans introduire d’espèces invasives, ainsi que par l’amélioration du séchage et du stockage. Des abris ventilés permettent de sécuriser la qualité lorsque les pluies interrompent le séchage au soleil.

Une filière durable doit sécuriser le travail et mieux répartir les bénéfices

La durabilité repose d’abord sur des règles simples et contrôlées par les communautés. Les parcelles doivent être recensées, les sites écologiquement sensibles exclus et les déchets de cordages récupérés après chaque cycle. Des coopératives peuvent aussi mutualiser les balances, les espaces de séchage et le transport vers les acheteurs.

La sécurité mérite la même attention. L’accès aux zones plus profondes impose des gilets flottants, une information fiable sur les marées et des moyens d’alerte. Les femmes doivent participer aux décisions sur l’emplacement des fermes, les prix de vente et l’usage des fonds communs.

Une algoculture durable ne peut être jugée au seul tonnage exporté. Elle se reconnaît à la stabilité des revenus, à la qualité des lagons et à la capacité des productrices à décider de leur travail. À Zanzibar, cette articulation entre justice économique et santé marine dessine une voie concrète pour les communautés littorales.